L’exonération de TVA demeure un dispositif central pour des milliers de micro-entrepreneurs. Pourtant, ces derniers mois, un vent de panique a soufflé : une réforme devait abaisser les seuils et complexifier la donne. La loi du 3 novembre 2025 a balayé cette inquiétude. Le texte supprime définitivement la réforme du régime de franchise et maintient les plafonds actuels. Un soulagement, certes, mais qui ne dispense pas de connaître les règles du jeu. Jusqu’à quel montant peut-on facturer sans collecter la taxe et quelles mentions ne jamais oublier sur ses factures ?
La loi du 3 novembre 2025 a tranché
Pendant des mois, la perspective d’une réforme a fait trembler les micro-entrepreneurs. Le projet visait à remplacer les seuils de chiffre d’affaires par un plafond unique, bien plus contraignant, ce qui aurait obligé des milliers d’indépendants à collecter la TVA sur toutes leurs prestations, y compris les plus modestes, alourdissant leur comptabilité et leurs coûts administratifs.
Certains craignaient de devoir facturer la TVA immédiatement sur chaque prestation. La loi promulguée le 3 novembre 2025 supprime définitivement cette réforme. Le texte maintient définitivement les seuils de ce régime d’exonération, ancrant l’exonération dans un cadre juridiquement stable, une sécurité rare qui exige de ne pas relâcher son attention. Le statu quo impose toutefois une vigilance de chaque instant.
Ces seuils qui restent votre boussole
Les plafonds de chiffre d’affaires à ne pas dépasser pour rester sous ce dispositif demeurent inchangés, et ils s’articulent autour de deux grandes familles, avec une subtilité pour les professions libérales qui peut piéger si l’on distingue mal son activité. Le principe de la franchise est d’une simplicité rassurante : vous restez exonéré de TVA tant que vos recettes ne dépassent pas le seuil. Chaque catégorie a des seuils distincts : gare à la confusion. La réforme avortée prévoyait de tout mélanger, mais le statu quo a été confirmé. Pour ne pas vous égarer, le simulateur de franchise en base vous aide à vérifier votre éligibilité en quelques clics.
Livraisons de biens et prestations de services
Si vous vendez des marchandises ou réalisez des prestations de service classiques comme la coiffure, la restauration ou le transport de personnes, vos recettes annuelles ne doivent pas excéder 85 000 € l’an dernier, tandis qu’un plafond majoré de 93 500 € vous donne un peu d’air cette année. Tant que vous restez sous cette barre, vous êtes exonéré de taxe. Attention, le dépassement de cette limite en cours d’année vous ferait basculer immédiatement dans le régime réel de TVA, avec l’obligation de régulariser sur l’année entière. Une épée de Damoclès qu’il vaut mieux anticiper.
Autres prestations de services
Pour les activités libérales non réglementées, qu’il s’agisse de conseil, de formation ou de prestations intellectuelles, les seuils sont plus modestes : le plafond de l’an dernier est fixé à 37 500 €, et pour l’exercice en cours il grimpe à 41 250 €, un écart qui paraît mince. Cet écart mérite pourtant une surveillance régulière. Si votre activité oscille autour de ces montants, la moindre facture supplémentaire peut déclencher l’assujettissement.
Professions réglementées : deux vitesses
Avocats, auteurs et artistes-interprètes bénéficient d’une règle à double détente. Pour leurs activités spécifiques (plaidoiries, droits d’auteur, interprétation scénique), les seuils sont de 50 000 € l’exercice précédent et 55 000 € l’exercice en cours, alors que pour tout le reste (consultations accessoires, ventes liées) ils retombent sur les plafonds de 35 000 € et 38 500 €. La frontière est ténue, si bien que beaucoup de ces professionnels préfèrent solliciter un expert-comptable pour éviter les erreurs d’aiguillage.
Ces distinctions peuvent sembler byzantines, mais elles évitent bien des déconvenues. Retenez que la nature exacte de votre activité détermine le seuil applicable, que le fisc ne fera pas de cadeau en cas d’erreur, et que l’outil de vérification évoqué plus haut vous donne une lecture immédiate sans avoir à éplucher la doctrine administrative. À ce stade, la tranquillité n’a pas de prix.
Trois questions à vous poser avant chaque facture
Connaître ses limites, c’est bien ; les confronter à la réalité de son activité, c’est mieux. Et pourtant, trop d’indépendants découvrent trop tard qu’ils ont franchi le seuil critique et doivent régulariser à leurs frais, avec parfois des pénalités, alors qu’un simple coup d’œil mensuel sur leur tableau de bord comptable suffit à éviter la catastrophe. Pour ne rien laisser au hasard, trois vérifications s’imposent avant d’émettre chaque facture. Elles prennent cinq minutes et peuvent vous épargner des nuits blanches.
Votre mini-audit mensuel
- Mon chiffre d’affaires de l’année précédente a-t-il dépassé le seuil de tolérance ?
- Et sur l’année en cours, où en suis-je des 93 500 € ?
- Suis-je certain que mon activité relève bien de la même catégorie de plafond depuis le début ?
Ces interrogations ont l’air simples, mais prises séparément elles esquivent les angles morts. Une réponse négative à l’une d’elles doit immédiatement déclencher une alerte : mieux vaut alors suspendre sans tarder la facturation, vérifier vos plafonds dans le détail, et le cas échéant solliciter un spécialiste pour un avis éclairé si le moindre doute subsiste.
Les mentions obligatoires sur vos factures
Quand on bénéficie de l’exonération de TVA, une phrase magique doit figurer noir sur blanc. L’article 293 B du code général des impôts impose la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI », sans quoi vos factures sont irrégulières et l’administration peut, en cas de contrôle, vous réclamer la taxe que vous n’avez pas perçue. Ce petit détail a déjà piégé des milliers d’auto-entrepreneurs, surtout lors d’un contrôle fiscal inopiné. Il ne suffit donc pas d’avoir des recettes sous les plafonds : vos documents doivent le prouver à chaque ligne.

Sur la même facture, d’autres informations restent obligatoires : votre numéro SIRET, la date d’émission, le détail précis des prestations réalisées, le montant total hors taxes, et le cas échéant les éventuels frais annexes, toutes mentions qui garantissent la conformité du document aux exigences du Code de commerce. Pensez aussi à conserver vos factures pendant dix ans. Si vous utilisez un logiciel, paramétrez-le pour qu’il insère automatiquement la mention TVA, car l’automatisation réduit le risque d’oubli. Une gestion rigoureuse de vos flux financiers mérite une attention particulière quand on retire la TVA de l’équation.

Un cadre stabilisé ne fait pas tout
Ce texte promulgué le 3 novembre 2025 referme une parenthèse anxiogène. Pour autant, le maintien des plafonds ne transforme pas l’exonération en droit acquis : un dépassement reste lourd de conséquences, si bien que chaque facture émise, et ce dès le premier euro, doit refléter une conformité irréprochable, de la mention légale au respect du seuil approprié. Les simulateurs et les outils de suivi sont vos alliés, mais rien ne remplace une vérification régulière, surtout en fin d’année. Êtes-vous certain d’avoir contrôlé vos recettes ce mois-ci ?


